Terrassé par la grâce
"Oh ! qu'il est bon d'être terrassé par la grâce ! Lorsque j'ai compris que mon salut était assumé en Jésus-Christ, que mes souillures avaient été portées par un autre, et que mon bonheur ici-bas ne dépendait plus de mes hauts et de mes bas, mais de son amour et de sa fidélité immuable, une joie indicible a rempli mon âme.
Avant cela, le ciel était une porte close, une forteresse inaccessible dont la justice de Dieu m'interdisait à jamais l'entrée. L'amitié avec Jésus dont je rêvais fluctuait au rythme de mes misères, car mes propres œuvres n'étaient que des chiffons d'impureté. Mais quand la grâce a fondu sur moi, la sainteté a cessé d'être un fardeau insupportable et une loi écrasante qui ne faisait que condamner mon incapacité à aimer et à faire ce qui plaît à un tel Seigneur. Sans elle, la vie présente se réduisait à un labyrinthe de désespoir, une marche laborieuse sous un ciel de bronze, où chaque épreuve de ce monde, même envisagée comme un sacrifice spirituel, devenait un avant-goût de l'angoisse éternelle, faute de savoir à quoi rattacher mon espérance.
Mais par cette merveilleuse grâce, tout a été radicalement transformé. En elle, le ciel s'est ouvert tout grand, m'offrant une place que personne ne pourra me ravir. En elle, la sainteté a cessé d'être une contrainte pour devenir le désir le plus cher de mon cœur. Elle a façonné mon esprit, et elle m'a accordé la force de marcher dans la lumière. La vie présente a commencé à être traversée par une paix surabondante et une espérance inébranlable. Elle est alors devenue mon rocher, mon bouclier, mon allégresse et la gardienne souveraine de mon âme. Si bien que désormais, je ne crains plus ni la mort, ni les ténèbres, ni même mes propres misères, sachant qu'elle accomplira toutes choses pour moi et me fera courir dans les sentiers de mon Dieu."
" Ô grâce ! Toi qui m'as cherché quand j'étais errant, qui m'as sauvé quand j'étais perdu, et qui m'as ouvert les bras quand j'étais ton ennemi ! "
Saint Augustin