Notre Dame des trois épis : Qui mieux que la sainte Vierge elle-même pouvait atomiser la thèse de L.E. sur les prétendus excès de dévotion qui en ferait une quasi déesse ?
Il y a une contradiction particulièrement profonde dans la conception de L.E. de l'humilité mariale.
Le point décisif est celui-ci : l'humilité chrétienne ne consiste absolument pas à nier ce que Dieu a fait dans une créature. Elle consiste à rapporter à Dieu tout ce que l'on est et tout ce que l'on possède. Marie peut donc être à la fois l'humble servante et la créature la plus glorieuse qui soit.
1. Aux Trois-Épis, Marie n'apparaît précisément pas comme une « Marie qui s'efface et disparaît »
Dans le récit traditionnel de 1491, Notre-Dame se manifeste au contraire avec une extraordinaire dignité.
Elle tient :
- trois épis de blé dans une main ;
- un glaçon dans l'autre.
Et ces deux objets ont une signification opposée : l'abondance des récoltes d'un côté, la menace de leur destruction de l'autre.
Il faut évidemment …Plus
Attention , falsifié
: "Nul ne choisit de se convertir " = lecture protestante (Sola gratia) des écrits de saint Augustin et du Concile d'orange.
Cet article contient une vérité catholique très importante, mais qu’il la pousse dans une direction qui devient théologiquement déséquilibrée, surtout lorsqu’il passe de « la grâce est première » à « l’homme ne choisit pas de se convertir ».
Le point intéressant est que L.E. s’appuie ici sur de vrais textes de saint Augustin et du IIᵉ concile d’Orange. Il ne part donc pas d’une erreur grossière. Le problème est plutôt ce qu’il fait de ces textes et ce qu’il laisse dans l’ombre.
1. Ce que L.E. dit de vrai
L.E. a parfaitement raison sur un point fondamental : l’homme ne peut pas, par ses seules forces naturelles, produire sa conversion surnaturelle.
C'est exactement ce qu'enseigne l'Église : la grâce de Dieu précède l'homme, l'appelle, l'éclaire et lui donne la capacité de répondre. Le Catéchisme dit même que « la préparation de l'homme à accueillir la grâce est déjà une œuvre de la grâce ».
Sur ce point, les citations de saint Augustin qu'il rassemble sont parfaitement pertinentes. Son texte rappelle notamment que Dieu « commence » en nous l'œuvre du salut et que nos mérites eux-mêmes sont des dons de Dieu.
Et le canon 7 d'Orange qu'il cite va dans le même sens : personne ne peut faire un pas salvifique vers Dieu sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit.
Donc, si L.E. voulait simplement combattre l'idée :
« Je me convertis tout seul, par ma bonne volonté, puis Dieu vient récompenser mon initiative »,
il aurait raison de le faire.
2. Mais son titre « Nul ne choisit de se convertir » est beaucoup plus problématique
C'est là que se trouve, à mon avis, le glissement essentiel.
La doctrine catholique n'est pas :
Dieu choisit, l'homme ne choisit pas.
Elle est :
Dieu prend l'initiative, et l'homme, sous l'action de cette grâce, répond librement.
Le Catéchisme est extraordinairement clair à ce sujet :
« La grâce prévient, prépare et suscite la libre réponse de l'homme. »
Et il ajoute que la justification établit une « coopération entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme ». L'homme peut même rejeter l'inspiration divine.
C'est précisément ce deuxième élément que l'article de L.E. ne met pratiquement pas en évidence.
Il insiste successivement sur :
l'initiative souveraine de Dieu ;
l'impuissance de la volonté déchue ;
l'action de Dieu qui convertit ;
l'exclusion de tout mérite propre ;
la dépendance radicale de l'homme.
Tout cela est vrai pris correctement. Mais l'ensemble donne une impression beaucoup plus radicale : celle d'un homme qui serait presque passif dans sa propre conversion.
Or c'est précisément ce que l'Église refuse.
3. Le Catéchisme donne presque la réfutation directe de L.E.
Le passage est particulièrement intéressant :
Dieu touche le cœur de l'homme par l'illumination du Saint-Esprit, « en sorte que l'homme lui-même ne reste pas inactif » ; il peut même repousser cette inspiration ; mais sans la grâce il ne peut se mouvoir vers la justice.
C'est une formulation magnifique parce qu'elle évite deux erreurs symétriques :
Erreur n°1 : le pélagianisme
« Je me convertis par mes propres forces ; Dieu n'intervient qu'après. »
Faux.
Erreur n°2 : une forme de déterminisme religieux
« Dieu me convertit ; ma volonté ne fait donc rien. »
Faux également.
La vérité catholique est :
Dieu fait le premier pas, Dieu donne la grâce, Dieu donne même à l'homme la capacité de répondre — mais l'homme répond réellement.
4. Le mot « choisir » est donc ambigu
Il faudrait distinguer deux choses.
Personne ne choisit Dieu comme s'il pouvait, par sa seule nature, produire la grâce de la conversion.
Là, L.E. a raison.
Mais une fois sollicité par la grâce, l'homme peut réellement consentir ou résister.
C'est même extrêmement important pour comprendre les paroles de Jésus :
« Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jn 5,40).
Jésus ne parle pas à des marionnettes.
Ou encore :
« Jérusalem, Jérusalem... combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants... et vous ne l'avez pas voulu ! » (Mt 23,37).
Il y a donc un « je veux » divin et un « vous ne voulez pas » humain.
La grâce n'abolit pas la liberté : elle la libère et la guérit.
5. Et cela éclaire justement la parole de saint Augustin
L.E. accumule les citations augustiniennes, mais il donne presque exclusivement le côté « Dieu prévient ».
Or saint Augustin n'enseigne pas que la grâce transforme l'homme en être passif.
Le Catéchisme lui-même reprend sa formule :
Dieu « commence faisant que nous voulions » et « termine en coopérant avec notre volonté ».
C'est extrêmement important.
Dieu commence en faisant vouloir.
Mais justement : il fait vouloir.
Il ne veut pas à la place de l'homme.
La grâce devient donc intérieurement le principe même de notre libre consentement.
C'est beaucoup plus subtil que :
« Dieu choisit ; l'homme ne choisit pas. »
6. Le problème apparaît encore davantage avec le mot « mérite »
L.E. veut manifestement combattre une conception orgueilleuse du mérite :
« J'ai gagné mon salut par mes propres efforts. »
Encore une fois : parfaitement juste.
Mais l'Église ne conclut pas :
« donc nos actes libres n'ont aucune valeur méritoire. »
Elle enseigne au contraire que Dieu permet à l'homme, uni à la charité du Christ, de véritablement mériter, tout en affirmant que la source première de ce mérite demeure la grâce. Le Compendium du Catéchisme dit que les mérites des bonnes œuvres doivent être attribués « avant tout à la grâce de Dieu et ensuite à la volonté libre de l'homme ».
Voilà précisément la synthèse catholique :
Grâce → liberté → coopération → mérite → gloire de Dieu.
Et non :
Grâce → passivité humaine → gloire de Dieu.
7. Il y a donc un paradoxe assez intéressant dans l'article
L.E. veut défendre Sola Gratia, et il a raison de rappeler la primauté absolue de la grâce.
Mais en poussant son argument jusqu'au titre :
« Nul ne choisit de se convertir »
il risque de se rapprocher d'une conception où la liberté humaine devient théologiquement secondaire.
Or le catholicisme refuse aussi bien le pélagianisme que le déterminisme.
La grâce n'est pas une force qui remplace la volonté.
Elle est une puissance divine qui guérit, élève et rend capable d'agir surnaturellement la volonté.
C'est pourquoi le Compendium résume admirablement la doctrine :
« La grâce prévient, prépare et suscite la libre réponse de l'homme. »
8. Et cela rejoint un problème plus général chez L.E.
Ce nouvel article est très révélateur lorsqu'on le rapproche de plusieurs de ses textes précédents présents dans le document.
On retrouve continuellement le même schéma :
méfiance envers l'effort humain ;
méfiance envers le mérite ;
insistance sur l'impuissance de l'homme ;
opposition entre grâce divine et coopération humaine ;
présentation de la conversion comme quelque chose que Dieu accomplit essentiellement à la place de l'homme.
Par exemple, il affirme ailleurs qu'il faudrait cesser de « s'épuiser pour plaire à Dieu » et présente le fait de vouloir « faire tout le nécessaire » pour plaire à Dieu comme une illusion.
Or il y a là une confusion importante entre :
faire des œuvres pour acheter l'amour de Dieu
et
faire des œuvres parce qu'on aime Dieu et parce que sa grâce nous fait agir.
Le premier est effectivement faux.
Le second est précisément la vie chrétienne.
Saint Jacques ne dit-il pas :
« La foi, si elle n'a pas les œuvres, est morte. » (Jc 2,17)
Et Notre-Seigneur :
« Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements. » (Jn 14,15)
En conclusion
Qualifions donc l'article ainsi : Très juste dans son affirmation de la primauté absolue de la grâce.
Très juste lorsqu'il combat l'orgueil consistant à attribuer à l'homme l'initiative de son salut.
Exact dans ses citations augustiniennes, mais très sélectif dans ce qu'il en fait.
Déséquilibré lorsqu'il transforme cette vérité en affirmation générale : « nul ne choisit de se convertir ».
La formule catholique complète serait plutôt :
Personne ne se convertit sans que Dieu ne l'ait d'abord appelé par sa grâce ; mais celui que la grâce appelle n'est pas privé de sa liberté : il peut consentir à cette grâce ou la repousser. Et lorsqu'il y consent, ce consentement lui-même est déjà un fruit de la grâce.
C'est précisément ce merveilleux paradoxe que L.E. laisse insuffisamment apparaître : tout vient de Dieu, mais Dieu veut que l'homme agisse réellement.
Et cela a une conséquence intéressante pour les autres articles de L.E. sur Marie :
sa théologie de la grâce devrait logiquement lui permettre de comprendre beaucoup mieux la coopération unique de Marie. Car dire que Marie a coopéré parfaitement à l'œuvre de Dieu ne signifie absolument pas qu'elle ait « volé la gloire de Dieu » : c'est précisément Dieu qui lui a donné la grâce de coopérer librement et parfaitement. C'est même le principe général de toute coopération entre grâce et créature.
Nul ne choisit de se convertir.