Une vie de Jésus mal romancée ? Vraiment ?...
1. Le P. Corrado Berti, O.S.M. — théologien et professeur à la Faculté pontificale Marianum
C'est probablement le contre-exemple le plus fort.
Le P. Corrado Berti, professeur de théologie dogmatique et sacramentaire au Marianum, a consacré des décennies à l'étude et à l'annotation de l'œuvre. Il indique lui-même avoir travaillé sur les notes théologiques et surtout bibliques pendant environ vingt ans.
Surtout, voici ce que rapporte la documentation concernant son appréciation de l'œuvre dès 1946 :
« Je considère [l'Œuvre] comme de la plus haute importance pour l'Ordre et pour les fidèles. »
C'est évidemment aux antipodes de « une vie de Jésus mal romancée ».
Et son comportement est encore plus révélateur que cette formule : il ne s'est pas contenté de lire quelques passages. Il a entrepris une relecture théologique, avec notamment des annotations bibliques, puis a travaillé à faire parvenir l'œuvre au Saint-Père.
2. Le P. Gabriele Maria Roschini, O.S.M.
Ici, on a un personnage particulièrement significatif : mariologue de renommée internationale, fondateur du Marianum et théologien.
Il avait examiné le premier volume de l'œuvre dès 1946. La documentation historique rapporte qu'il en envisageait la publication, moyennant les réserves habituelles.
Mais surtout, Roschini publiera plus tard une étude consacrée spécifiquement à Maria Valtorta. Ce n'est donc pas un homme qui aurait considéré l'ensemble comme une simple fantaisie littéraire sans intérêt.
3. Le P. Romualdo Maria Migliorini, O.S.M.
Le premier directeur spirituel de Maria Valtorta est également un cas très difficile à concilier avec la formule « mauvaise romance ».
Il ne s'est pas comporté comme devant un simple roman pieux : il a dactylographié les cahiers, puis en a diffusé des extraits, allant jusqu'à parler de leur origine surnaturelle. Cette attitude fut d'ailleurs jugée trop enthousiaste par ses supérieurs.
Autrement dit, même si l'on peut discuter son discernement, son jugement concret sur la nature et l'importance des textes était exactement à l'opposé de celui de L.E.
4. Le P. Andrea Cecchin, O.S.M.
Son importance vient surtout de l'histoire de la transmission de l'œuvre à Rome.
Avec les PP. Migliorini et Berti, il fut reçu par Pie XII le 26 février 1948. La documentation historique rapporte que Pie XII leur aurait dit :
« Publiez l’œuvre telle quelle. »
puis :
« Il n'y a pas lieu de donner une opinion quant à son origine, qu'elle soit extraordinaire ou non. Ceux qui liront comprendront. »
Il faut évidemment distinguer soigneusement ce qui est historiquement établi concernant cette audience de l'interprétation qu'on donne ensuite à cette phrase. Mais si la question est : l'Église a-t-elle toujours considéré l'œuvre comme une simple mauvaise fiction ?, cette affaire constitue incontestablement un élément majeur.
5. Et il y a surtout le comportement collectif des premiers religieux qui l'ont étudiée
C'est peut-être l'argument le plus intéressant contre la formule de L.E.
Nous ne sommes pas devant une situation où une simple fidèle aurait écrit un roman sur Jésus et où quelques admirateurs auraient trouvé le récit joli.
Dès les années 1940 :
- le P. Migliorini la transcrit ;
- le P. Berti, théologien, l'étudie systématiquement ;
- le P. Roschini, théologien et mariologue, examine le premier volume ;
- le P. Berti entreprend une analyse théologique et biblique ;
- l'œuvre est transmise jusqu'au Saint-Père ;
- elle fait ensuite l'objet d'un examen par le Saint-Office.
Cela ne constitue évidemment pas une preuve que l'œuvre est surnaturelle. C'est une distinction importante.
Mais cela suffit à montrer que présenter l'œuvre comme une simple « vie de Jésus mal romancée » est historiquement très réducteur, parce que cette caractérisation ne rend absolument pas compte de la nature du débat qu'elle a suscité chez des théologiens et religieux qui l'avaient étudiée de près.
Et il y a une formule particulièrement dévastatrice pour L.E.
Le P. Berti, après avoir étudié l'ensemble de l'œuvre, affirme avoir consacré vingt ans à ses annotations, dont quinze années de travail intense du matin au soir, précisant :
« J'ai fait les notes théologiques, surtout les notes bibliques... »
Pour qualifier l'œuvre de « vie de Jésus mal romancée », il faudrait au minimum expliquer comment une œuvre que son principal théologien-examinateur a étudiée pendant des décennies et dont il a souligné « la plus haute importance pour l'Ordre et pour les fidèles » peut être correctement résumée par cette formule.
Citations exactement contraires de « une vie de Jésus mal romancée » :
1. Mgr Alfonso Carinci — secrétaire de la Congrégation des Rites
« Il n'y a rien ici qui soit contraire aux Évangiles. Au contraire, cette œuvre, qui est un excellent complément à l'Évangile, contribue à une meilleure compréhension de sa signification. »
La citation est donnée comme provenant de 1946.
C'est particulièrement intéressant parce que Mgr Carinci n'était pas simplement un prêtre admirateur : il était secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites.
2. Le P. Gabriele Maria Roschini, O.S.M. — mariologue et théologien
C'est sans doute le témoignage intellectuellement le plus impressionnant.
Après environ un demi-siècle consacré à la mariologie, il écrit dans la préface de son ouvrage La Vierge Marie dans l'œuvre de Maria Valtorta :
« Aucun autre écrit marial, pas même la somme de tous ceux que j'ai lus et étudiés, n'avait été en mesure de me donner sur Marie [...] une idée aussi claire, aussi vive, aussi complète, aussi lumineuse et aussi fascinante, à la fois simple et sublime. »
Et ailleurs, il précise que la mariologie de Valtorta fut pour lui une « vraie découverte ».
Difficile de faire entrer un tel jugement dans la catégorie d'une simple « mauvaise romance ».
3. Mgr George Hamilton Pearce — archevêque métropolitain des Fidji
C'est probablement la formule la plus radicalement opposée à celle de L.E. :
« Je trouve [l'œuvre] remarquablement inspirante. Il m'est impossible d'imaginer que quelqu'un puisse lire ce travail monumental, avec un esprit ouvert, et ne pas en être convaincu que l'auteur ne peut être autre que l'Esprit Saint de Dieu. »
Il faut toutefois préciser que cette citation est une lettre personnelle, et non un acte magistériel.
4. Mgr Angelo Mercati — préfet des Archives vaticanes
Voici un témoignage encore plus surprenant :
« J'ai été professeur de théologie dogmatique pendant dix-huit ans, et je dois reconnaître qu'il s'agit d'une œuvre parfaitement canonique, en tout et pour tout. J'en ai été abasourdi. »
Le témoignage est daté de 1950 dans la documentation disponible.
Là encore, ce n'est évidemment pas une approbation magistérielle de l'origine surnaturelle ; mais intellectuellement, on est très loin d'une « vie de Jésus mal romancée ».
5. Pie XII
Il faut être prudent ici sur la formulation historique, mais le témoignage des trois Servites présents à l'audience du 26 février 1948 rapporte que Pie XII leur aurait dit :
« Publiez l'œuvre telle quelle. Il n'y a pas lieu de donner une opinion quant à son origine, qu'elle soit extraordinaire ou non. Ceux qui liront comprendront. »
Ce qui est solidement établi, c'est que l'audience a eu lieu et que les trois religieux ont demandé au pape ce qu'il fallait faire de l'œuvre. La formulation exacte ci-dessus repose sur le témoignage ultérieur du P. Berti ; il faut donc éviter de la présenter comme une citation dont nous posséderions un procès-verbal pontifical.
Mais même en adoptant cette prudence, le fait demeure considérable :
Pie XII connaissait l'existence de l'œuvre et demanda aux Servites de se tourner vers l'autorité diocésaine compétente pour obtenir l'imprimatur en vue de la publication.
6. Le P. Corrado Berti, O.S.M. — théologien
Le P. Berti est particulièrement intéressant parce qu'il a étudié le texte techniquement, et pas simplement en lecteur pieux.
Il est rapporté qu'après avoir examiné une grande partie de l'œuvre, il la considérait comme :
« de la plus haute importance pour l'ordre et pour les fidèles ».
Il entreprit en outre une relecture théologique et biblique de l'ensemble.
7. Le P. Bonaventura Allegra, O.F.M. — futur bienheureux
Voilà un témoignage particulièrement intéressant puisque le P. Allegra est aujourd'hui bienheureux.
Il écrit :
« Je retiens que l'œuvre [...] requiert une origine surnaturelle [...] je ne vois pas comment il peut être raisonnablement nié que [...] elle édifie et enchante les fils de l'Église. »
Là encore, c'est exactement l'inverse d'une construction littéraire ratée.
8. Mgr Roman Danylak — évêque/administrateur apostolique
Mgr Danylak, qui a défendu publiquement l'œuvre, rapporte notamment :
« Le cardinal Ratzinger a reconnu dans des lettres privées que cet ouvrage est exempt d'erreurs de doctrine ou de morale. »
Il ajoute que la Conférence des évêques italiens avait reconnu la même chose dans sa correspondance avec l'éditeur.
9. Et un élément particulièrement intéressant concernant Roschini et Paul VI
Le P. Roschini envoya son ouvrage La Vierge Marie dans l'œuvre de Maria Valtorta à Paul VI.
Le 17 janvier 1974, la Secrétairerie d'État transmit au P. Roschini les remerciements du pape pour son « précieux travail », en exprimant l'espoir que ses efforts portent « des fruits spirituels abondants ».
Là encore, ce n'est pas une approbation pontificale de l'origine surnaturelle de Valtorta. Mais c'est un fait historique qui mérite d'être mentionné lorsqu'on prétend que l'œuvre aurait toujours été considérée dans l'Église comme une simple mauvaise fiction.
Ce qu'il faut retenir :
Il y a une différence énorme entre :
« L'œuvre est une vie de Jésus mal romancée. »
et :
« L'Église n'a pas reconnu l'origine surnaturelle de l'œuvre. »
La seconde proposition est défendable et historiquement correcte.
La première est un jugement littéraire personnel, et elle devient beaucoup plus difficile à soutenir historiquement quand on connaît les jugements de Carinci, Roschini, Berti, Mercati, Pearce, Allegra, etc.
Et surtout, Mgr Carinci fournit quasiment l'antithèse exacte :
« un excellent complément à l'Évangile » contribuant à « une meilleure compréhension de sa signification ».
Ce n'est pas : « c'est une mauvaise vie romancée de Jésus ».
C'est même presque exactement l'inverse.